juillet 08 2020
Note Finansol - Epargne des Français - Covid19

Epargne des Français : comment réconcilier les ménages avec la finance et l’entreprise

La crise du Covid-19 l’a démontré, les Français sont friands d’épargne sécurisée. Or, pour relancer l’économie, l’épargne doit être orientée vers les entreprises. La finance solidaire permet de faire de l’épargne un véritable levier de mutation sociale et environnementale : le contexte actuel est particulièrement propice à son renforcement.

 

L’épargne financière des ménages français : un comportement stable depuis 1900

Depuis très longtemps, les Français manifestent une réticence très nette à financer directement les entreprises et à investir en Bourse. On peut attribuer cette réserve à de nombreux facteurs :

  • une formation économique et financière plus faible que dans les pays comparables ;
  • un rapport ambivalent à l’entreprise ;
  • le rejet de la finance de marché et de la finance spéculative suite à la crise financière de 2008 (attribuée aux banques et dont les ménages ont beaucoup souffert) ;
  • l’aversion au risque et la préférence pour les placements à rentabilité garantie ;
  • le niveau élevé de l’endettement des ménages pour financer l’acquisition de la résidence principale ;
  • l’attrait pour l’investissement immobilier jugé plus protecteur que le capital.

 
Face à ce comportement, le Gouvernement a adopté plusieurs mesures afin que l’épargne des ménages finance mieux et plus directement l’économie et les entreprises. Mais ces produits restent de diffusion limitée, pour toutes les raisons évoquées ci-dessus.

Il existe aussi des contre-exemples. Ainsi, l’épargne salariale est le produit qui finance le plus les entreprises, sous forme de souscription en actions. Et ce type de placement a le vent en poupe auprès des Français.
Le problème de l’épargne salariale est que l’horizon de placement est court (5 ans) et que le législateur a admis des cas de sortie anticipée, récemment élargis par la loi PACTE. Un élargissement qui incite les fonds à conserver environ un tiers des sommes collectées sous forme monétaire pour pouvoir répondre aux demandes de sortie anticipée ou définitive.
 

Faut-il débloquer l’épargne des Français ?

Pour cette raison, les organisations syndicales et Finansol sont traditionnellement très réservées sur le déblocage conjoncturel de cette épargne en cas de crise ou de récession. La sortie n’est en effet pas favorable aux ménages lorsque les marchés financiers s’effondrent. Par ailleurs, autoriser la sortie, c’est affaiblir le financement des entreprises en les privant de concours financiers au moment où elles en ont le plus besoin.

En outre, les comportements d’épargne et de placement des Français sont très stables dans le temps. Il n’y a ainsi pas de différence notable depuis les années 1900. Plutôt que de chercher à faire évoluer ces comportements par des mécanismes d’incitation qui ne produisent généralement pas les résultats escomptés, Finansol estime qu’il faut respecter ces comportements et utiliser d’autres leviers :

  • l’éducation économique et financière des jeunes ;
  • la promotion de formes de finance qui répondent aux aspirations des ménages, comme la finance solidaire ;
  • le fléchage de l’épargne déposée sur les produits sécurisés vers le financement de l’économie…

Le développement de la finance solidaire à un rythme compris entre 8 et 20 % depuis plus de 15 ans montre que les ménages sont prêts à financer l’économie et les entreprises sur des durées longues (8 à 9 ans en moyenne) lorsque les conditions suivantes sont réunies : une transparence complète sur la nature du produit et l’emploi de l’épargne, qui est garantie par un label exigeant ; un risque faible sur le capital ; une rémunération financière modérée pourvu que le financement ait un impact social et environnemental ; des frais de gestion modérés ; un reporting annuel sur l’impact des financements et une gouvernance démocratique qui associe les parties prenantes de l’entreprise.

En d’autres termes, lorsque les ménages sont assurés que leur argent ne sert pas à la spéculation financière et n’est pas gérée par des « fonds vautours », ils sont prêts à financer des entreprises vertueuses et l’économie réelle.
 

La finance solidaire : une solution pour la relance économique

Alors que notre pays connaît la plus grave récession depuis les années 1930, la finance solidaire peut contribuer à infléchir notre modèle économique en fonction d’exigences sociales et environnementales et d’impératifs de solidarité. Au regard du contexte et des incertitudes pesant sur l’économie française et mondiale, les comportements des ménages vont sans doute évoluer profondément.

Pour Finansol qui promeut de longue date la démocratisation de la finance solidaire auprès des épargnants ainsi que pour de nombreux acteurs de l’économie sociale et solidaire qui se sont exprimés ces derniers mois, le moment est particulièrement propice à un renforcement de l’épargne solidaire en en faisant un véritable levier de mutation sociale et environnementale. Plus que jamais, les entreprises sociales vont avoir besoin du soutien d’épargnants engagés et patients.

Finansol a formulé des propositions qui ont vocation à répondre aux besoins sociaux et environnementaux qui explosent dans notre pays, tout en satisfaisant les attentes des citoyens épargnants qui cherchent à allier sécurité et solidarité de leur épargne. Encourager l’épargne solidaire, développer l’offre de produits, mieux informer les épargnants mais aussi mieux orienter les encours de l’épargne…de nombreuses actions peuvent encore être développées pour faire croître la finance solidaire et développer collectivement un nouveau projet de société.
Les propositions formulées par le collectif Finansol n’ont pas d’impact sur le budget de l’Etat et visent essentiellement à favoriser l’émergence ou l’amélioration de produits d’épargne solidaire.

Finansol agit à tous les niveaux pour sensibiliser les citoyens, les épargnants, les investisseurs et les décideurs publics pour atteindre cet objectif : celui de faire changer d’échelle la finance solidaire. Cet objectif qui résonne aujourd’hui comme un devoir ne pourra être atteint sans une impulsion politique forte pour créer ce nouvel environnement que notre société récemment ébranlée appelle de ses vœux.
 
 



 
 

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