février 20 2019

Babyloan fête ses 10 ans ! Témoignage de son fondateur, Arnaud Poissonnier

 

Babyloan, acteur de la finance solidaire et membre de Finansol depuis 2009, a fêté ses dix années d’existence en décembre 2018. Créé en 2008, Babyloan est aujourd’hui le premier site européen de prêt solidaire (plateforme de crowdfunding). Il permet aux internautes de prêter aux micro-entrepreneurs de leur choix dans une quinzaine de pays, et de les aider ainsi à développer leur propre activité de subsistance. Pour ce faire, Babyloan a noué des partenaria

ts avec des Institutions de Microfinance dans des pays du Sud, mais également en France avec l’Adie.

Arnaud Poissonnier, son fondateur et qui se définit comme un «entrepreneur innovant au service des autres », nous livre son témoignage sur l’évolution de la plateforme depuis dix ans.

 

• Si vous deviez réaliser un bilan chiffré des activités de Babyloan en dix ans, quels chiffres-clés feriez-vous ressortir ?

« Sur une décennie, Babyloan a financé 45 000 projets, majoritairement de petite taille et situés dans les pays du Sud (99.3% des projets traités), impliquant un financement de 450 euros en moyenne par prêt solidaire. Les projets financés en France en revanche ont été moins nombreux et impliquent a contrario un financement plus important, allant jusqu’à 3000 euros en moyenne (0.7% des projets traités seulement).

• Sur les dix années écoulées, quels sont les deux projets qui ont marqué l’évolution de Babyloan ?

Le premier projet international qui a été financé par Babyloan a été celui de Mme Hâ à Phomh Penh au Cambodge, d’un montant de 250 dollars. Ce prêt solidaire lui a permis de remplacer son charriot afin de vendre des bonbons.

Les projets financés en Haïti en 2011, un an après le séisme qui a dévasté l’île, ont permis à un certain nombre d’Haïtiens de retravailler grâce à l’obtention de microcrédits. Babyloan a travaillé sur ce projet en collaboration avec des institutions de microfinance locales et l’ONG Entrepreneurs du Monde.

• Quel bilan global tirez-vous de ces dix dernières années d’existence ?

Les fiertés à retenir sur les dix dernières années sont que Babyloan est la première plateforme européenne de crowdfunding en lien avec la microfinance et la seconde à l’échelle mondiale, derrière Kiva, plateforme américaine pionnière en crowdfunding. Rappelons également qu’il y a une dizaine d’années, on comptait une vingtaine de plateformes en Europe, alors qu’aujourd’hui nous n’en comptons plus que quatre ou cinq et Babyloan en fait toujours partie. C’est une réussite.

Par ailleurs, nous sommes fiers d’avoir permis de financer 45 000 projets solidaires dans 27 pays et 4 continents dans le monde entier. Notre portée est internationale et nous nous en réjouissons.

Nous sommes particulièrement heureux de constater l’ampleur et le succès du projet « The Rise » (Revolution Initiated by Students for Entrepreneurship) auprès des campus étudiants, qui donnent un nouveau dynamisme à la marque Babyloan. En 2011, six campus étudiants se sont lancés dans une compétition qui consistait à récolter le maximum de prêts solidaires ayant pour but de financer des projets de micro-entrepreneurs. Ils ont ainsi permis à Babyloan de collecter 6000 euros de prêts solidaires en 2 jours. Il s’agissait alors de la plus grosse opération de collecte intercampus. Cette initiative s’est perpétuée et en 2018, on comptait 40 campus étudiants, 50 écoles (dont l’EDHEC, HEC, l’Ecole de Management de Grenoble), 400 000 étudiants et 420 000 euros de prêts solidaires collectés en 2 jours.

Babyloan a aussi rencontré des défis durant ces dix années, parmi lesquels figurent le suivi assez lourd du risque financier (remboursement des crédits, audits des institutions de microfinance) et le développement marketing de la plateforme assez coûteux, afin d’attirer les babyloaniens. En tant que fondateur, je pensais qu’en dix ans, nous aurions atteint le niveau de Kiva sur le marché européen en doublant de croissance, mais c’était sans compter sur le poids de certains postes de travail et sur le poids des réglementations européennes en matière de crowdfunding.

• Quels sont les défis de Babyloan pour les dix prochaines années ?

Un des défis au long terme de Babyloan serait de se développer hors des frontières françaises, en Europe. Si la plateforme a pu se développer en France, c’est grâce à une réglementation bancaire de 2008 autorisant le crowdfunding sur le territoire national. En revanche, Babyloan a essuyé trois refus ces dernières années en Belgique, en Allemagne et en Italie, car la plateforme n’avait pas le statut de banque nationale. Depuis, ces pays ont changé leur réglementation sur le crowdfunding et sont plus ouverts.

Mon souhait le plus cher serait que Babyloan double de taille dans les dix prochaines années et atteigne les 100 000 utilisateurs pour financer des projets dans 40 à 50 pays. L’objectif serait de gérer un encours cumulé de 50 à 60 millions d’euros, là où aujourd’hui Babyloan en gère 23 à 24 millions d’euros.

Par ailleurs, nous souhaitons développer plusieurs chantiers institutionnels en 2020, à commencer par le « Babyloan Impact », qui consisterait en des prêts commerciaux permettant de financer non plus de la microfinance mais de la mésofinance, dont le montant atteindrait entre 1500 et 2000 euros en moyenne et concernerait le financement de start-ups et de coopératives. Actuellement, Babyloan ne propose que des prêts solidaires non rémunérés.

Le deuxième chantier à développer concernerait la plateforme « Babyloan Afrique », en y ajoutant un sous-site centré exclusivement sur le Mali, nommé « Babyloan Mali » et financé par l’Organisation des Nations Unies. L’objectif de cette annexe à la plateforme mère serait de financer les diasporas maliennes en Europe via des prêts solidaires. »

En une phrase, Arnaud Poissonnier résume la passion et la vocation qui l’animent, ainsi que son équipe, dans le développement de Babyloan depuis dix ans :

« Mettre l’innovation numérique au service des pauvres et de l’impact social est un véritable épanouissement depuis dix ans»

 

 

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