#20ansLabel - 3 questions à Michel Cardona, Banque de France

20 ans du label : 3 questions à Michel Cardona, Banque de France

A travers ces « 3 questions à », Michel Cardona, Adjoint au Secrétaire général de la Banque de France, partage avec nous sa vision de la finance solidaire. Partenaire du vingtième anniversaire du label Finansol, célébré en 2017, la Banque de France conclut la série de témoignages parus pour l’occasion.

 

1/ Comment voyez-vous l’évolution de la finance solidaire dans les années à venir ?

Le succès de la finance solidaire est grandissant. Environ un million d’épargnants français investissent aujourd’hui dans des produits solidaires. Fin 2016, l’encours a atteint 10 milliards d’euros, après quinze années de hausse consécutive et une croissance de 15,5 % en 2016.
Il faut maintenant consolider ces acquis et se projeter vers l’avenir. Le livre blanc de Finansol a déjà identifié plusieurs axes de réflexion quant à l’évolution future de la finance solidaire et certains d’entre eux me paraissent importants.

Ainsi, une meilleure articulation entre les offres spécialisées des financeurs solidaires et celles des banques me semble nécessaire, afin de rendre l’offre de financement plus facilement accessible aux entreprises et aux associations. Cette complémentarité des sources de financement est une voie intéressante à explorer pour répondre aux besoins des acteurs de l’économie sociale et solidaire.

Une autre piste de réflexion concerne la collecte d’épargne dite solidaire, qui a vocation à accompagner les projets des entreprises. L’épargne salariale, qui bénéficie de la confiance des salariés, est devenue le principal mode de collecte grâce à la création de fonds solidaires, dits fonds « 90-10 », au début des années 2000. Il importe que ce modèle, qui fonctionne bien, soit préservé.

Cette source d’épargne solidaire doit cependant être complétée en utilisant par exemple le cadre légal qui a récemment prévu que les financeurs solidaires puissent bénéficier d’une partie des fonds collectés dans le cadre du livret de développement durable et solidaire (LDDS). D’autres pistes de financement innovant méritent également d’être considérées telles que les plateformes de financement participatif.
 
 

2/ Pourquoi était-il important de conclure un partenariat avec Finansol dans le cadre des 20 ans de son label ?

Le label Finansol, premier label de la finance éthique, a été créé il y a 20 ans et a accompagné et soutenu de nombreuses innovations. Les données du baromètre de la finance solidaire 2017 attestent de son succès et de sa capacité à répondre aux attentes de la société à la recherche d’un monde plus inclusif et plus solidaire.

En tant qu’Institution de la République, au service de l’intérêt général, nous partageons avec Finansol ce souhait de voir émerger des acteurs économiques plus soucieux des nouveaux enjeux sociaux et environnementaux.

En effet, la finance solidaire présente des convergences fortes avec nos missions de service public notamment auprès des particuliers et des entreprises, ainsi qu’avec nos engagements dans le domaine de la responsabilité sociale d’entreprise.
Plusieurs de nos actions permettent de puissantes synergies avec la finance solidaire : par exemple, la mise en place de correspondants TPE dans chaque département, l’intégration à titre expérimental des critères RSE dans notre cotation des entreprises, le renforcement de l’éducation économique, budgétaire et financière des publics en partenariat avec l’Éducation nationale, et notre engagement pour favoriser le microcrédit en organisant notamment des rencontres régionales, qui ont vocation à associer tous les acteurs concernés.

Enfin, la Banque de France s’attache aussi à promouvoir la finance solidaire en interne. Ainsi, dans le cadre de notre politique d’épargne salariale, l’accord d’intéressement prévoit une affectation par défaut du montant de l’intéressement des agents sur le fonds « solidaire ».

C’est pour toutes ces raisons que nous tenions à accompagner Finansol dans cet anniversaire, qui n’est pas seulement l’occasion de faire un bilan, mais qui représente également une belle opportunité de parler d’avenir.
 
 

3/ Que souhaitez-vous au Label Finansol pour ces 20 prochaines années ?

La dynamique de la finance solidaire va et doit se poursuivre, et les acteurs concernés seront forcément attentifs aux évolutions à venir.

Le label doit donc prendre en compte les innovations financières et technologiques auxquelles ces acteurs seront confrontés, en développant notamment de nouveaux produits, afin de toujours répondre au mieux à leurs besoins. La question de la labellisation et d’un élargissement des produits « labellisables » va se poser concernant notamment les fonds à impact social ou environnemental, de création récente, et dont il sera nécessaire de mesurer l’impact.

Les transformations sociales et technologiques ouvrent aussi de nouveaux champs d’action possibles. Ainsi, l’émergence des plateformes de placements participatifs, qui financent des produits à caractère solidaire, va continuer de poser la question des modalités de leur labellisation.

Enfin, on peut aisément imaginer qu’une dimension internationale du label sera à l’ordre du jour au cours des prochaines années. Il est d’ailleurs probable que le poids des investisseurs institutionnels, appelés à se renforcer dans un secteur qui demeure encore trop réservé aux particuliers, confortera cette tendance.

 

Les 20 ans du label Finansol ont également leur page dédiée sur le site : en savoir plus sur les 20 ans du label Finansol !

 

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