décembre 16 2015
Jean-Paul Vigier

Finansol racontée par ses Présidents

Finansol retrace son histoire et celle de la finance solidaire via les interviews de trois anciens Présidents de l’association, Jean-Paul Vigier, Henri Rouillé d’Orfeuil et François de Witt, et de son Président actuel, Frédéric Tiberghien. Au cours des 20 dernières années, ils ont participé tour à tour à la promotion de la finance solidaire en France mais aussi à l’étranger ! A travers leurs interviews, ils racontent les obstacles et succès qu’ils ont rencontrés, mais également les évolutions qu’a connues la finance solidaire jusqu’à aujourd’hui. Retrouvez ce mois-ci, l’interview de Jean-Paul Vigier, président de Finansol de 1995 à 1998.

 

Quel était le contexte financier de l’époque et quelle place y tenait la finance solidaire ?

Finansol a été créée à partir de rencontres entre personnes et institutions qui réfléchissaient à instaurer ou développer des outils financiers nouveaux. Les années 80, celles de “l’argent-roi”, étaient aussi celles des nouvelles pauvretés. Diverses initiatives éparses s’étaient manifestées et avaient suscité la création des premiers fonds de partage pour le développement international (le CCFD-Terre Solidaire), ou des clubs d’investissements (Les CIGALES) ou des organismes de prêt (La Nef) ou centrées sur le logement social (Habitat et Humanisme) pour n’en citer que quelques uns. Mais ces initiatives étaient dispersées et leur dimension réduite ne leur donnait pas les moyens d’agir auprès d’un public large. Tout cela dans une indifférence des pouvoirs publics non dénuée d’un certain mépris. Le concept de finance solidaire commençait à peine à se forger.

 

Qu’avez-vous fait et comment pour renforcer la finance solidaire ?

C’est pour se donner plus de moyens collectifs et pour pouvoir se faire connaître du public et dialoguer avec les autorités financières qu’une dizaine d’organisations a décidé de se réunir dans une association qui est devenue Finansol dont elles m’ont élu président. Il y avait deux missions : montrer qu’une forme solidaire de financement et d’investissement était possible et que collectivement Finansol pouvait garantir la destination solidaire des produits financiers et leur transparence. D’où très vite l’institution d’un label qui engageait la crédibilité des membres. Le label a été attribué au départ à tous les participants qui se reconnaissaient dans une charte, puis un comité indépendant a été mis en place. La première remise des labels au Sénat a été la première manifestation publique de Finansol.

 

Quelles résistances avez-vous rencontrées et comment les avez-vous surmonter ?

Une des premières difficultés fut de convaincre les membres fondateurs d’accepter au sein de l’association des établissements financiers qui géraient des produits financiers ayant le label Finansol. Il fallait établir que la présence au sein de l’association n’était pas un blanc-seing donné par Finansol à toutes les activités de ces institutions. En même temps la présence de ces établissements dans l’association en renforçait le poids.
La seconde série de difficultés a été de convaincre les Ministères des Finances et des Affaires sociales de l’intérêt de nos activités. En raison du faible niveau de collecte de fonds et de possibilités de financement des premiers membres, il était difficile de convaincre nos interlocuteurs aussi si bien disposés qu’ils soient (et ce n’était pas toujours le cas), que l’on représentait une alternative dans le paysage financier français.

 

De quoi avez-vous été le plus fier ?

D’avoir réussi à persuader ceux qui deviendront Finansol de se réunir et de collaborer avec les établissements bancaires “amis” et les pouvoirs publics. Pour certains existait une répugnance tenace à risquer une perte d’identité et de “pureté” idéologique. Mais finalement tous ont joué le jeu de l’ouverture, conscients que c’était la seule manière de se développer.

Je suis fier aussi d’avoir été le premier président du Comité du label et d’avoir avec les autres membres assuré sa crédibilité renforçant le concept de l’épargne solidaire.

 

Avec le recul, que faut-il retenir d’essentiel de la période où vous présidiez Finansol ?

La période des années 80 et 90 manifestait un bouillonnement d’idées et d’initiatives d’autant plus diverses que le champ de la finance solidaire était quasiment vierge et hors de toute règlementation hormis la législation bancaire et celle des associations. Ce fut aussi une mutation difficile mais fertile de structures pour la plupart associatives vers des activités financières plus complexes, des statuts nouveaux et des relations nouvelles. Premier pas vers une présence différente mais réelle dans le monde financier.

 

Que reste-t-il à faire pour que la finance solidaire soit pleinement reconnue dans notre pays ?

La finance solidaire est maintenant sortie des milieux militants et associatifs grâce à l’action de mes successeurs et des divers administrateurs de Finansol. Elle est assez largement connue et sa progression en est le signe le plus éclatant. Elle est une réponse intelligente et originale aux demandes des personnes et des institutions qui veulent rester ou devenir maîtresses de leur argent. Il lui reste à continuer de maintenir sa finalité solidaire en restant originale dans son fonctionnement et dans sa vocation de financeur des activités d’intérêt général et du bien commun.

 

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