novembre 10 2015

Finansol racontée par ses Présidents

Finansol retrace son histoire et celle de la finance solidaire via les interviews de deux anciens Présidents de l’association, Henri Rouillé d’Orfeuil et François de Witt, et de son Président actuel, Frédéric Tiberghien. Au cours des 20 dernières années, ils ont participé tour à tour à la promotion de la finance solidaire en France mais aussi à l’étranger ! A travers leurs interviews, ils racontent les obstacles et succès qu’ils ont rencontrés, mais également les évolutions qu’a connues la finance solidaire jusqu’à aujourd’hui. Retrouvez ce mois-ci, l’interview d’Henri Rouillé d’Orfeuil, président de Finansol de 1998 à 2004.

 

Quel était le contexte financier de l’époque et quelle place y tenait la finance solidaire ?

J’ai eu à présider le Conseil d’administration de Finansol et à suivre le travail de la petite équipe du secrétariat exécutif dirigée successivement par Pauline Grosso et Mathilde Mandonnet de décembre 1998 à juillet 2004. La finance solidaire était encore un monde quasi-exclusivement militant construit sur la confiance et la proximité.

 

Qu’avez-vous fait et comment pour renforcer la finance solidaire ?

Nous avons beaucoup travaillé sur le label et sur son caractère de solidarité, car c’est bien ce caractère qui donne sa spécificité aux acteurs, aux produits d’épargne et aux circuits de cette finance particulière. Dès lors nous avons pu allonger et diversifier les circuits de collecte de l’épargne sans rien perdre de sa valeur solidaire. A côté des résultats financiers, nous avons cherché à mesurer les performances sociales des investissements solidaires pour pouvoir montrer aux épargnants que leurs engagements valaient la peine.

 

Quelles résistances avez-vous rencontrées et comment les avez-vous surmonter ?

Finansol est une fédération regroupant une grande diversité d’acteurs et d’histoires. Le développement de la Finance solidaire, notable puisque qu’en 4 ans, nous avons pu faire progresser le volume de l’épargne solidaire de plus de 300%, a pu inquiéter certains membres soucieux, comme souvent les pionniers, d’éviter que de nouveaux venus viennent nuire à la pureté originelle de leurs expériences.

Plus sérieusement, Finansol, comme toute fédération, a dû veiller à ne pas faire d’ombre à ses membres, notamment aux plus puissants d’entre eux. L’équilibre n’a pas toujours été facile à trouver puisque nous avons lancé de nombreuses actions de communication pour promouvoir l’épargne solidaire… Par exemple des semaines de la finance solidaire dans différentes régions, un observatoire, un prix avec le journal La Croix, un colloque avec Le Monde à l’Assemblée nationale…

 

De quoi avez-vous été le plus fier ?

Pour l’équipe exécutive de FINANSOL, il me semble que les résultats les plus significatifs ont pu être obtenus grâce aux négociations que nous avons menées avec le ministère des finances et les groupes parlementaires et qui se sont traduits par des avancées législatives. Dans un premier temps, nous avons pu faire reconnaitre l’entreprise solidaire, comme étant créée par une personne en difficulté ou comprenant un tiers de personnes en difficulté dans son personnel. Pour cela nous avons pu utiliser la Loi contre l’exclusion (juillet 1998), qui a défini la « personne en difficulté » du fait de son éligibilité aux minimas sociaux. Dans un deuxième temps, nous avons obtenu que dans la loi Fabius de 2001 figure l’obligation pour les gestionnaires de produits d’épargne salariale de toujours proposer dans leurs offres aux entreprises un produit solidaire. Cette ouverture sur l’épargne salariale s’est traduite par une forte augmentation des épargnants solidaires et flux d’épargne solidaire

 

Avec le recul, que faut-il retenir d’essentiel de la période où vous présidiez Finansol ?

Je dirai que l’essentiel a sans doute été la réflexion rigoureuse que nous avons poursuivie collectivement autour du « caractère solidaire » et l’appréciation, voire de la mesure, de la « production » d’intérêt général des investissements soutenus par nos membres. Pour ce faire, nous avons cherché à mettre en valeur les externalités des investissements solidaires, et plus particulièrement leurs « externalités sociales ». Ce raisonnement et ces mesures nous ont permis d’objectiver le label Finansol et de convaincre les ministères et les législateurs que les épargnants solidaires méritaient d’être encouragés.

 

Que reste-t-il à faire pour que la finance solidaire soit pleinement reconnue dans notre pays ?

Il me semblait en 2004, lorsque j’ai quitté la présidence de Finansol, que ce que nous avions obtenu dans le domaine de l’insertion des personnes en difficulté, essentiellement dans le domaine du travail et, secondairement, dans celui du logement, pouvait s’étendre à d’autres domaines de la solidarité ou de la production d’intérêt général. Il me semble que si nous arrivons à montrer que certains actes économiques, outre leurs objets premiers, qui sont rémunérés sur et par les marchés, produisent des externalités positives, disons de la valeur sociale, environnementale, culturelle, pédagogique ou toute autre valeur, alors on peut demander à ce que ces actes économiques soient incités ou récompensés. Il en va ainsi de l’épargne solidaire. Encore faut-il pouvoir mettre en valeur ces valeurs non marchandes. On se demande d’ailleurs, un peu naïvement, pourquoi les autorités publiques, et pas seulement françaises, n’agissent pas davantage pour que toute la finance soit amenée à prendre un tel virage vertueux !

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