octobre 07 2015
Questions à François de Witt

Finansol racontée par ses Présidents

Finansol retrace son histoire et celle de la finance solidaire via les interviews de deux anciens Présidents de l’association, Henri Rouillé d’Orfeuil et François de Witt, et de son Président actuel, Frédéric Tiberghien. Au cours des 20 dernières années, ils ont participé tour à tour à la promotion de la finance solidaire en France mais aussi à l’étranger ! A travers leurs interviews, ils racontent les obstacles et succès qu’ils ont rencontrés, mais également les évolutions qu’a connues la finance solidaire jusqu’à aujourd’hui. Retrouvez ce mois-ci, l’interview de François de Witt, président de Finansol de 2007 à 2013.

 

Quel était le contexte financier de l’époque et quelle place y tenait la finance solidaire ?

L’encours de l’épargne solidaire était d’environ 1,5 milliard d’euros, il y avait environ 50 produits labellisés, les conditions de travail étaient misérables (locaux très exigus), la participation aux CA limitée et l’équipe plutôt démobilisée. Elle s’est d’ailleurs totalement renouvelée en très peu de temps.

 

Qu’avez-vous fait et comment pour renforcer la finance solidaire ?

Je suivais de loin les activités de Finansol en tant que journaliste sympathisant- j’avais publié un article sur le sujet dans Mieux Vivre Votre Argent et j’en parlais une fois par an à France Info- car j’étais convaincu que le potentiel du solidaire était considérable, en dépit de la complexité du sujet et de l’indifférence de la plupart des intermédiaires financiers. Ma conviction était qu’il fallait œuvrer inlassablement pour faire connaître et apprécier par tous les moyens possibles la démarche des financeurs solidaires tant auprès du grand public que de la communauté financière.

Nous avons été servis par la loi de modernisation économique d’aout 2008, qui a rendu obligatoire l’offre d’un fonds solidaire aux salariés détenteurs de PEE et qui est en grande partie responsable de la multiplication par quatre de l’encours de l’épargne solidaire entre 2007 et 2013.

Sur cette période, une équipe jeune et enthousiaste a multiplié les initiatives. Elle a étendu notre « semaine » au plan national, lancé les grands prix de la finance solidaire, rendu lisible la gamme des outils solidaires, introduit un bilan à usage professionnel, multiplié les interventions tous azimuts (même devant des publics clairsemés), modifié sensiblement le mode de calcul des cotisations de ses membres, entrepris de vraies actions de lobbying, enfin traduit en anglais son site. Seule association de son type au monde, Finansol est désormais honorablement connue à l’étranger.

 

Quelles résistances avez-vous rencontrées et comment les avez-vous surmonter ?

Rares sont encore les chargés de clientèle des banques à penser que le solidaire soit un concept vendable. Rares sont aussi les animateurs de sociétés financières à forme mutuelle qui y adhèrent, ce qui peut paraître plus surprenant. J’attendais bien davantage de leur part. Le solidaire n’est toujours pas « vendu », il est « acheté » par ceux qui y croient. Même si quelques établissements ont pris de vraies initiatives, les résistances internes sont donc encore fortes. Elles ne seront surmontées que si le solidaire trouve sa place dans la stratégie générale de l’établissement, comme au Crédit Coopératif, dont je salue l’implication sans faille.

 

De quoi avez-vous été le plus fier ?

Je crois avoir suscité un vrai dialogue entre les « babas cool » du solidaire- l’expression est de l’infatigable Hugues Sibille- et les représentants de notre deuxième collège, celui des intermédiaires financiers, dont l’implication n’a cessé d’augmenter. L’assiduité aux CA en témoigne éloquemment. Le sentiment de participer à une œuvre commune « de forte utilité sociale et environnementale », comme nous aimons le répéter, me semble acquis.

 

Avec le recul, que faut-il retenir d’essentiel de la période où vous présidiez Finansol ?

La période a été favorable à la prise de conscience du fait que la France ne surmonterait pas certains défis sociétaux sans participation accrue, en temps et en argent, de la société civile. L’émergence de ce qu’il est désormais convenu d’appeler l’ »investissement à impact », sous entendu social et/ou environnemental est un fait mondial. Il ne faudrait pas que les exigences de la récente loi sur l’ESS, notamment pour ce qui concerne les sociétés solidaires, freinent dans notre pays un élan désormais mondial. Rappelons que nous avons pratiqué l’investissement à impact bien avant les autres et sans le savoir, comme M. Jourdain pratiquait la prose.

 

Que reste-t-il à faire pour que la finance solidaire soit pleinement reconnue dans notre pays ?

Il reste à ne pas dévier de notre objectif du « 1% solidaire ». Finansol peut ambitionner de le fêter avant ses… quarante ans.

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